J-31 : on boycotte le “Black Friday”

“Votre fils n’a que deux ans et demi ? Pas grave : vous pourrez vous entraîner en attendant”. Voilà qui est dit : nous sommes en 2017, tous les warnings de sur-consommation sont au rouge, depuis le 2 août l’humanité vit à crédit, on nous culpabilise si on n’a pas les moyens d’acheter bio et local et si on trie pas nos pots de yaourts, et dans le même temps, on nous incite clairement à acheter un produit on n’a pas besoin. C’est même sensé être drôle. Bienvenue dans la schizophrénie ambiante qui atteint un pic en cette période de pré-noël, et dont le point culminant a lieu demain, lors du “Black Friday”.

A la base, le Black Friday, c’était la date à laquelle les commerces américains sortaient du rouge et devenaient rentables. Mais c’est évidemment oublié depuis longtemps : aujourd’hui, c’est devenu ce jour où les gens s’insultent, se piétinent et se battent pour un téléviseur ou une robe sous le regard hilare d’autres gens non moins débiles dont le seul réflexe, au lieu de sortir immédiatement d’une telle folie, est de sortir leur i-phone pour immortaliser le moment. C’est surtout devenu le jour le plus profitable de l’année pour les marques : l’an dernier, le Black Friday est entré dans l’histoire comme la première journée à générer 3 milliards de dollars de ventes en ligne sur le territoire américain. Bam.

Evidemment, on pourrait regarder cela de loin et se gausser tranquillement de l’autre côté de l’Atlantique. Mais horreur, le concept a débarqué en France en 2010. Et si ça n’a pas très bien pris au départ, les mentalités évoluent beaucoup plus vite sur ce genre d’événements que sur la cause des femmes, au hasard : selon une enquête de l’institut CSA, en 2016, les Français n’étaient “que” 21 % à vouloir profiter du Black Friday l’an dernier, et ils seront 52 % cette année.

Comment vous convaincre de faire partie des 52 % ? Voyons voir.

Réfléchissons déjà à combien ça fait en thunasses. C’est très simple, et ça a plein de zéros derrière : selon un rapport commandité auprès du Centre For Retail Research (CRC), les Français devraient dépenser ce week-end 845 millions d’euros en ligne (+15 % par rapport à 2016), et 4,5 milliards d’euros dans les magasins. Les Anglais, eux, dépenseront 3,6 milliards. Et les Allemands, 1,2 milliards… Des milliards, c’est bien ça.

Le coup de maître des grandes enseignes de distribution ? C’est de nous faire croire que ce Black Friday est une aubaine pour nous, consommateurs, dans la mesure où nous allons faire des affaires formidables, et que, hey, ça tombe bien quand même, vu que noël c’est dans un mois. Sauf que NON, en fait : selon l’association de consommateurs UFC-Que Choisir, les promotions du Black Friday ne font bénéficier les clients que de 2% de rabais en moyenne. C’est très simple, et ça n’a pas de zéro derrière.

En revanche, l’année précédente, ce sont 970 commandes par minute qui se sont succédées sur le site Amazon (celui-là même dont on voudrait se passer à noël), soit 1.4 millions de produits vendus, permettant à l’entreprise de réaliser la journée la plus active de son histoire. Et ça nous fait une belle jambe, n’est-ce pas ?

 

Alors de grâce, ne nous faisons pas couillonner. Le Black Friday ne va pas vous permettre de faire des économies. Il ne va pas vous aider à trouver un vélo moins cher pour votre petit dernier. Il va juste vous pousser à acheter une console de jeux dont vous n’avez pas besoin. Et il va permettre aux grandes enseignes de se faire toujours plus de pognon en se foutant royalement de notre gueule, de celles des 25 millions de personnes victimes de travail forcé, et de celle de notre planète en prime. Et that’s all folks !

Dans ce contexte, je ne peux éviter un petit clap clap à Emery Jacquillat, PDG de la Camif, qui a invité à boycotter le black friday. Il a même décidé de « ne rien vendre ce jour-là » : vendredi, le site de l’entreprise spécialiste de la vente à distance de mobilier sera tout bonnement fermé. Et Emery Jacquillat d’expliquer : “ce dernier vendredi de novembre sera une nouvelle illustration d’une surconsommation absurde, qui accélère l’épuisement des ressources de notre planète en appauvrissant des consommateurs déjà gavés de produits superflus, fabriqués à l’autre bout de la planète par des travailleurs trop souvent exploités”.

Bon ben voilà, c’est bien ce que je disais.

 

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