J-34 : Quand noël se fera sans Amazon

Comme le dit Le Point (la presse elle-même serait-elle en train de céder à la dépression ?), “l’humanité n’est pas à une honte près” : selon l’OIT, 40 millions de personnes sont esclaves de par le monde, et plus de 150 millions d’enfants sont forcés de travailler. Ils « produisent une partie de la nourriture que nous mangeons et des vêtements que nous portons », souligne le rapport.

Allez, chiche, de bon matin, petit exercice mental.

On se rappelle le billet publié ici même vendredi.
On se rappelle cette possibilité d’une issue à la schizophrénie dans laquelle se noit notre monde.
On détend les muscles de son visage.
On se rappelle que malgré notre sentiment d’impuissance, de lassitude, malgré nos cas particuliers, nos clivages, et la diversité de nos combats intérieurs et extérieurs, nous avons un point commun qui est une putain d’arme fatale : la consommation.
Oh la jolie lueur d’espoir que voilà. Tout ne serait donc pas complètement foutu ? tout pourrait ne pas être phénoménalement gâché ? La réponse est oui, pour la simple raison que nous sommes des consommateurs et des consommatrices. Et si nous décidons collectivement de faire ployer les entreprises qui se foutent de nous, des autres et de la terre entière, nous le pouvons.

On ne parle même pas, à l’heure qu’il est, de s’engager sur une ligne de bonne conduite de long terme (même si par ailleurs, il le faut). De toute façon, on est prêt à le faire, cet effort. La plupart d’entre nous le faisons déjà. Trier nos ordures, faire un tant soit peu attention aux étiquettes des produits, privilégier le bio et le local, éviter le gaspillage… La base. Mais la plupart d’entre nous savons aussi pertinemment que la portée de nos petits gestes du quotidien, aussi indispensables soient-ils, est annihilée par les conduites irresponsables de multinationales qui ont un impact autrement plus colossal que le nôtre.

La voilà, la sacrément bonne nouvelle : ces cancres du concept de vie même, on n’est pas obligés de se les traîner comme des boulets un peu attardés qui avec leurs conneries vont finir par creuser un sillon si profond dans la terre que l’on va tous finir par tomber dans ses entrailles en colère. Non non non. Parce que nous sommes leurs consommateurs et leurs consommatrices, nous avons le pouvoir de faire changer leur conduite (autrement plus cool que le pouvoir de changer l’assurance de son prêt immobilier, il faut l’avouer). Et comme visiblement ce n’est pas de gré, nous avons le pouvoir de décider que ce sera de force.

La cerise sur le boulet, c’est que c’est complètement autorisé par la loi. Pas de désobéissance civile, pas de grabuge, on fait ce qu’on veut, comme les patrons que nous sommes. Et il y a même un père noël en chantilly sur la cerise sur le boulet : il ne s’agit pas d’un exercice de longue haleine, courageux et coûteux. De fait, il ne faudrait pas un an pour faire entendre notre message. Il ne faudrait pas 6 mois. Les fêtes de fin d’années pourraient même suffire : les chiffres du business des fêtes de fin d’années donnent le vertige, il suffit de jeter un oeil à une animation en temps réelle pointant les habitudes de consommation des Français et les chiffres d’affaires de grandes enseignes pour s’en faire une idée plus précise. On peut aussi rendre une petite visite à ConsoGlobe pour achever de se remettre les idées en place.

Et comme malgré une légère anxiété latente, le petit exercice mental a tendance a faire son effet, autant en profiter pour plonger dans la piscine du cœur de l’action.

Ce qui est cool, c’est qu’il y a pas mal de plongeoirs autour de cette piscine, et des tas de bassins. Ce matin, comme ça, j’ai décidé de plonger côté culture, dans le bassin lecture.

A noël, lecture + cadeau = Amazon.
Il est tôt et l’objectif de ce billet n’est pas de rappeler les vices d’Amazon, Vice l’a déjà fait et plein d’autres encore. Disons que les vices d’Amazon représentent les trajectoires possibles du plongeon alors que nous sommes focalisés sur le point d’impact. Dès lors, celles et ceux qui sont perdu.e.s n’ont pas à se poser de question : c’est normal, vous êtes en plein triple saut arrière.

Ce qui nous intéresse, au moment de l’impact, c’est de savoir qu’il y a mille façons de déconstruire l’opération “lecture + cadeau = Amazon”. Il suffit de comprendre pourquoi cette opération nous semble si convaincante. Et généralement, elle nous semble convaincante parce que commander un bouquin sur Amazon, c’est simple comme “j’ai pas le temps d’aller chez un libraire indépendant pour acheter un livre qu’il n’aura probablement pas, il faudra le commander, ça va être compliqué alors qu’en deux clics je peux gérer le truc entre midi et deux au boulot”.

SOLUCES (c’est le cœur du billet, comme quoi ça sert de s’accrocher) :

  • Il y a des plateformes de librairies indépendants qui font exactement la même chose qu’Amazon. Scoop. Comme par exemple lalibrairie.com.
  • Dans la catégorie “l’arroseur arrosé”, on a aussi Amazon Killer, qui permet de faire la recherche sur Amazon puis de trouver le libraire indépendant qui vend le bouquin près de chez vous
  • Sinon, aussi, il y a l’imagination : appeler le libraire qui se trouve à côté de votre tata à qui vous voulez faire un cadeau, lui commander 6 livres de poche (d’occasion, même, si tata n’est pas contre le fait de toucher un livre sur lequel s’inscrivent d’autres empreintes de doigts), et offrir à tata pour noël un bon pour un bouquin tous les deux mois courant sur tout 2018. Ouais, l’imagination c’est pas mal.
  • Le cadeau qui dure aussi, c’est pas mal. Profitez de noël pour offrir un abonnement à un magazine indépendant. Il y en a pléthore, et ils se battent comme des braves pour essayer de vous donner de l’information intelligente, positive, différente, prospective… On ne saurait les citer tous, mais il y en a pour tous les goûts : WeDemain répertorie les avancées du monde, Usbek et Rica explorent le futur,  L’Eléphant cultive notre culture G, Kaizen fait vibrer le collectif, Les Autres Possibles cartographient les initiatives locales méritantes, QOA va à la rencontre des faiseurs, Bouts du Monde fait parler les carnets de voyageurs… Non, définitivement, on ne saurait les citer tous. Mais il y en a forcément un qui pourrait faire plaisir à votre fiston, à votre femme ou à votre beau-père.
  • Ou même, même, tentez le combo imagination + cadeau qui dure : offrez à un proche une carte d’abonnement à la médiathèque de son quartier !

Ce matin, en prenant 5 minutes pour lire un billet de blog, vous voilà déjà avec deux ou trois idées de cadeaux dont le point d’impact n’aura rien à voir avec Amazon.

Demain, on s’attaque au sapin.

N.B. : les règles du jeu de ce calendrier de l’avent militant sont naturellement inclusives. N’hésitez pas à indiquer en commentaire vos propres idées de cadeaux-lecture responsables ❤

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