Petite définition personnelle du comble du luxe

Le comble du luxe, c’est :

  • Tomber amoureuse d’une paire de chaussures
  • Les acheter et savourer un coup de foudre mutuel
  • Leur promettre monts et merveilles
  • Les mettre et s’apercevoir, aux « oh ! » et aux « ha ! » alentours, que sans le savoir on a acheté des chaussures de créateur hyper hype
  • Les remettre et les remettre en les traitant comme une paire de chaussures dont on est amoureuse : en les amenant partout, tout le temps, en leur faisant vivre toutes les aventures urbaines, festives, exploratoires et souterraines qu’on se doit de partager avec elles
  • Ne se préoccuper en aucun cas des égratignures et éraflures occasionnées par de telles pratiques
  • Sourire quand un auteur de « ho ! » ou de « ha ! » s’inquiète de la façon dont on inflige de telles pratiques à une paire de chaussures si désirable

Voyons les choses comme elles sont.
Les chaussures, c’est comme les fringues, c’est comme les voitures, c’est comme les scooters : tous rentrent dans la vaste catégorie des objets. Et la vaste catégorie des objets a une fonction précise : nous servir. C’est même pour ça qu’on les a inventés : pour leur utilité.
Les chaussures sont faites pour protéger nos pieds où que l’on marche, les vêtements sont faits pour protéger notre peau où que l’on aille, les voitures et les scooters sont faits pour nous amener d’un point A à un point B, les pare-chocs sont faits pour parer les chocs.
On a le droit de tomber amoureux de nos objets. Mais ne serait-ce que pour cela, on se doit de s’en servir et de les faire vivre. Et si la vie les marque, tant mieux ! Car nos objets deviennent NOS OBJETS à partir du moment où ils portent les marques des événements vécus avec nous.

Et pourtant… On nous a appris à avoir honte d’une tâche ou d’un trou dans un vêtement (peut-être occasionné lors d’un pique-nique inoubliable ?), à être catastrophé par une rayure sur son véhicule (peut-être apparue suite à une erreur d’inattention due à une attention uniquement dirigée vers son compagnon de route racontant une bonne blague ?), à être agacé par une trace sur son plan de travail de cuisine en bois (pourtant spécifiquement conçu pour couper des légumes dessus, et peut-être réalisée lors de la préparation d’un mojito pour sa meilleure copine lors d’une soirée d’anniversaire ?)

Pire, certains jugeront qu’un raccommodage de vêtement fait cheap et préfèreront ne plus le porter (alors que le raccommodage fait justement partie de la personnalisation et de la vie de l’objet ! On en a parlé un beau matin à propos du kintsugi). Et la plupart d’entre nous préfèrent payer (cher) un garagiste pour faire disparaître une rayure qui n’a aucune incidence sur la conduite de son véhicule, plutôt qu’avoir à la regarder tous les jours…

La question philosophique du jour est donc la suivante : comment peut-on exiger des êtres humains qu’ils acceptent et apprivoisent les signes du temps qui passe sur leur corps, quand dans le même temps, ils se sentent fautifs, ou tout du moins agacés, d’avoir fait une rayure sur leur voiture, un trou dans leur pull, une égratignure sur leurs chaussures ?

Ouverture du tiroir à questions :

  • Pourquoi considère-t-on que nos objets ont moins de valeur quand ils sont marqués par les événements de la vie ?
  • Pourquoi met-on de l’argent dans l’effaçage desdits événements de la vie sur nos objets, même s’ils ne sont pas cassés ou impropres à l’usage ?
  • Est-ce que penser ce genre de choses fait de moi une personne peu soigneuse ?
  • Est-ce que finalement l’habit fait le moine ?

A vos copies 😉

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