Quand mon cœur bat, insoumis et vaillant

Il y a de ces matins frileux, les amis, je vous le dis.

Il y a cette tension de fond dans l’air de l’aurore, qui nous dit que c’est pas gagné. Cette nervosité rapeuse dans le ton des échanges, qui nous rappelle que les jeux seront bientôt faits. Cette urgence presque palpable, qui veut faire fi des tergiversations.

Peut-être bien que tout va se casser la gueule. Peut-être bien qu’on va foncer dans le mur. Et que lundi, tout le monde aura la gueule de bois.

Ou peut-être bien que rien ne va changer. Qu’on va réussir à encore retarder de 5 ans le moment. C’est qu’on n’a pas hâte d’être lucide, et de regarder les choses en face. Et puis, on ne se sent pas vraiment en danger. Pas encore. Le navire prend l’eau, mais rien de dramatique n’est encore arrivé. Les centrales nucléaires sont vétustes, et tiennent en équilibre au bord de la catastrophe, mais aucune n’a sauté. Pas encore. Le climat perd tellement le Nord que la Terre est entrée en “territoire inconnu”, mais hey, on respire encore, on ne voit pas trop la différence, assis à notre terrasse de café.  8 milliardaires détiennent autant de richesse que la moitié la plus pauvre du monde, et les banques jouent au Monopoly avec notre argent, nous taxant à chaque transaction, mais bon, nous-mêmes faisons partie des 4% de la population mondiale les plus privilégiés, et nous arrivons encore à retenir par delà nos frontières, mort ou vif, le flot des témoins étrangers de nos guerres stériles.

Peut-être que nous réussirons à encore retarder de 5 ans le moment de réfléchir à la suite, en continuant à penser comme nous l’avons toujours fait, parce que nous avons peur et que l’avenir ne s’annonce pas radieux. Mais il va bien falloir que nos dirigeants se mettent au boulot un jour, les amis, parce que la crise, nous allons l’avoir. On va se la prendre en pleine face, et ça va faire bien mal. A ce moment-là, croyez-moi, la question ne sera plus de savoir si oui ou non on peut atteindre ce plein emploi brandi comme un Saint-Graal. L’enjeu ne sera plus de nous faire croire au mirage de la croissance, cette croissance qui nous empoisonne plus sûrement que les perturbateurs endocriniens de nos shampoings et les pesticides de nos fraises et les particules d’azote de notre atmosphère. Cette putain de croissance qui a INDUIT les perturbateurs endocriniens, les pesticides et les particules d’azote.

Il faut arrêter de croire au Deus Ex machina, arrêter de croire que l’on va s’en sortir sans douleur. La crise, nous allons l’avoir, reste à savoir quand. Et reste à savoir ce qui nous explosera en pleine poire en premier: la bombe climatique ? La bombe nucléaire ? La bombe démographique ? Migratoire ? Religieuse ? Ce qui est sûr, c’est qu’elle font toutes tic-tac, et que leur vacarme couvre toutes les inepties de ceux qui disent vouloir et pouvoir nous gouverner, et qui n’ont pas même pas le courage de lever les yeux vers ce qui nous attend. Et encore moins  d’agir.

Je ne crois pas en eux.

Je crois en nous.
A nous éco-consommateurs qui tentons tant bien que mal d’être responsables, à nous parents qui essayons du plus fort qu’on peut d’élever nos enfants dans la bienveillance et le partage, à nous citoyens qui nous impliquons avec les moyens que nous avons dans ces milliers d’associations qui viennent sans relâche poser des pansements sur les plaies de notre civilisation moribonde. Je crois en nos enfants qui sont tellement plus sages et concernés que nous. Je crois en notre pouvoir collectif. Je crois en l’amour. Je crois en aujourd’hui.

Aujourd’hui, nous sommes à deux jours du premier scrutin. Vivons cette journée comme le miracle qu’elle est, pour chacun de nous. Demain, prenons un jour de rabe de ce bonheur d’être en vie. Et après-demain, ayons le courage d’affronter le destin qui nous attend, avec toute notre énergie, nos belles idées, notre générosité, notre fraternité et notre amour. Nous avons du boulot. Ensemble. Et il est clair que ce boulot-là, il ne mènera pas au plein emploi et à la croissance.

La crise, nous n’y couperons pas. Alors hauts les cœurs et nos valeurs. Relevons nos manches, ensemble, et au moment où nous mettrons notre bulletin de vote dans l’urne, tâchons de penser non pas à notre avenir proche, mais à celui de notre pauvre humanité. Ne laissons pas des voleurs pétris de mépris, des homophobes colériques et des opportunistes au discours creux nous voler quatre ans. Ne dispersons pas nos votes. Ne nous isolons pas. Restons groupés. Ne perdons pas de temps. Ceux qui viennent de se mettre en marche ne le savent pas : nous sommes en route depuis longtemps déjà, les yeux grands ouverts et la main sur notre cœur qui bat, insoumis et vaillant.

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