Quand on peut refuser de subir Alep

Bon  les enfants, y a pas de joie surnuméraire, on va pas se voiler la face. Et dans ces conditions, difficile de tenir la promesse d’un blog sensé égayer nos neurones mal réveillés.

Alep se meurt. Sous nos yeux, par écrans interposés. On se sent nauséeux. On se sent impuissant. On ne se demande plus trop où va le monde, parce qu’on commence à s’en faire une petite idée, même si on a un piètre sens de l’orientation, et on aimerait juste attacher nos ceintures, mais y en a pas. Pas plus que de joie surnuméraire.

Il y a 100.000 civils assiégés, et l’étau se resserre dans un bain de sang. On voit les ruines et les cadavres, et puis on se paye un café en bas avant de partir au boulot pour faire passer les news.
Sur Facebook y a une vidéo qui circule, avec un gars à Alep en train de péter un plomb parce qu’il a perdu un à un tous les membres de sa famille ces deux derniers mois, et puis y en a une autre qui circule, sur des architectes londoniens qui ont construit une putain de ville miniature en pain d’épices. Du coup on se remet sur son tableau excel parce qu’on devient à moitié fou.
On a pas faim, mais on part en pause déj manger un truc végétarien parce qu’on en a marre de voir la manière dont on traite les animaux dans les abattoirs. A la télé dans le resto on entend les civils nous supplier, et puis on repart au bureau parce qu’il faut bien payer le loyer.
Le soir, dans le métro, il y a une famille syrienne harassée, et on lui donne des pièces parce qu’on a la putain de honte d’avoir pensé un instant que s’il faut ils sont même pas Syriens. De retour à la maison, on décide d’écouter la chronique de Nicole Ferroni parce qu’il n’y a qu’elle qui puisse nous redonner la pêche, mais sa gorge se noue sur ses mots et on a envie de pleurer, mais c’est l’heure de raconter une histoire à la petite qui a 7 ans et qui a rien demandé à personne.
Après ça, on veut écrire un billet de blog et on cherche un visuel en tapant le mot clé “citizen” dans Google Images, et on tombe sur des photos de montres. Véridique. La vérité c’est qu’on sait pas quoi faire. Ouais les gars, on a mal au cœur et à la conscience, et y a pas de cachetons contre ça.

Normalement, on serait en droit d’espérer que les grands pontes de l’ONU se bougent les fesses, mais en fait ils peuvent pas : ils sont en pleine session de selfies en mode “mannequin challenge” pour fêter leurs 30000 fans sur Facebook. On serait en droit d’espérer qu’un chef d’Etat un peu plus puissant que les autres tape le poing sur la table parce que ça suffit les conneries, mais dommage, le chef d’Etat un peu plus puissant que les autres en ce moment c’est Trump, et il discute avec Kanye West. Ou sinon y a Poutine.

Clairement, c’est chaud. La schizophrénie, la dépression et le désespoir nous guettent. Et je ne suis pas médecin, mais face à ce genre de cas, j’ai tendance à penser que l’action reste le meilleur médicament. Un médicament pansement, sans doute, un médicament temporaire, c’est sûr, mais on fait avec ce qu’on a.
Certes, le problème, c’est qu’on peut pas faire grand chose. On a pas des masses de leviers, en tant que citoyen lambda. Mais on a internet. Cet internet qui nous rend compte, heure après heure, d’une boucherie monumentale, c’est aussi un internet qui permet de donner des fonds à ceux qui, eux, peuvent faire quelque chose. L’Union des organisations de secours et soins médicaux (UOSSM), par exemple, qui réunit une quinzaine d’associations investies dans l’aide matérielle apportée aux médecins sur place. Pour donner, c’est là. Alors c’est pas grand chose hein, c’est un peu comme prendre trois granules d’homéopathie quand on a un cancer généralisé, mais primo on connaît encore mal les mécanismes de l’effet placebo (bam !), et deuxio  j’ai essayé et je dirais pas que j’ai une patate d’enfer mais j’ai pas vomi mon dégoût depuis 5 minutes.

Sinon, au cas où vous auriez deux-trois couvertures en trop, ou de l’argent pour un paquet de sucre, vous pouvez aussi donner à une ONG qui enverra votre contribution vers les camps de réfugiés en Syrie et autour d’Alep, où la situation humanitaire est mega catastrophique . Il y a par exemple l’ONG  Free Syria Lyon, qui a des relais et des locaux dans neuf grandes villes de France (Marseille, Lille, Grenoble, Toulouse, Valence, Perpignan, Saint-Étienne, Auxerre et Annecy).

Egalement, même si on n’est pas bien sûr de leur efficacité, on signe les pétitions d’organismes fiables tels qu’Amnesty International qui exigent l’évacuation des civils d’Alep, right now.

Et puis sinon aimez-vous, les gars. Quand on a que l’amour, faut s’aimer bordel.

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