Quand c’est putain de beau de vieillir

OK les gars, y a des matins où c’est chaud ascendant complexe d’entamer une nouvelle journée dans notre vaste et exécrable monde chéri. Cela m’oblige à vous proposer un petit exercice matinal d’urgence :

On respire.

On imagine qu’on ferme les yeux mais on les garde ouverts pour lire.
On imagine que l’article 49.3 n’a jamais existé et que la démocratie n’est absolument pas en danger. On fait comme s’il n’y avait pas un incendie qui ravageait en ce moment même plus de 200 000 hectares de forêts, comme si ce même incendie n’avait pas potentiellement réveillé les entrailles d’une décharge nucléaire de 42 500 m3 bêtement située à quelques kilomètres au sud de la ville de Fort McMurray. On fait comme si et on parle complètement d’autre chose.

Par exemple, on parle de kintsugi.

Savez-vous ce qu’est le kintsugi ? En japonais, cela signifie “jointure en or” ou “réparation en or”, et il s’agit de l’art de réparer des porcelaines ou des céramiques brisées avec de la laque saupoudrée d’or.
Evidemment, le kintsugi date d’une époque où le concept même d’acheter des bols dans des espèces de préfabriqués ikéens géants aurait rendu tout le monde complètement maboul. De fait, en cette fin de XVème siècle, les gens tenaient à leur vaisselle, les gars. Ils avaient une idée précise du nombre de bols et d’assiettes qu’ils avaient, et ils ne les bazardaient pas dans un vide-grenier sous prétexte que les Barbapapa ça va bien deux minutes et que Tom Cruise il est has been tendance chelou. Sachez qu’un jour, le shogun Ashikaga Yoshimasa a même renvoyé en Chine un bol de thé chinois endommagé pour le faire réparer. Back to the envoyeur, vous imaginez un peu le bordel si on faisait encore ça de nos jours, ça relancerait l’économie tiens.

On respire.

Bref, toujours est-il que le bol du shogun était revenu de Chine réparé avec des agrafes métalliques toutes pourries. Et c’est à ce moment-là que les artisans japonais auraient cherché un moyen de réparation plus esthétique, en intégrant une dimension philosophique essentielle. Parce que réparer un objet avec des coutures d’or, évidemment, cela revient à prendre en compte son passé, son histoire et ses éventuels accidents de parcours (chute de table basse pour cause de gestuelle intempestive, glissage à température élevée, dégommage abusif…). Avec le kintsugi, la casse d’une céramique ne signifie plus sa fin ou sa mise au rebut, mais un renouveau, le début d’un autre cycle et une continuité dans son utilisation. Il ne s’agit donc pas de cacher les réparations, mais de les accepter, de les soigner et de les valoriser. Pfiouuuuuuuuu…

On respire, on sourit, on pose sa tasse de café très gentiment quand même, et on se met au taf. Y a encore du pain sur la planche aujourd’hui…

 

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